Pierre Courade, le lundi 18 août 2008 à 04:00
A trois mois du congrès de Reims, le rôle du principal parti d’opposition ne convainc pas les Français.
Université d’été, congrès national, luttes intestines, guerre de succession… Les stratégies et alliances élaborées par le Parti socialiste pour renouveler sa direction et réviser son « logiciel » d’idées l’empêcherait-il de jouer son rôle dans l’opposition ? C’est aujourd’hui le sentiment d’une majorité de Français. Selon un sondage Ifop paru hier dans Ouest-France, ils sont 52 % à estimer que le PS ne s’oppose pas suffisamment au gouvernement. Chez les sympathisants aussi, le jugement est sévère. Ils ne sont que 46 % à penser que leur parti s’oppose suffisamment à la politique de Nicolas Sarkozy.
« Trop préoccupés par les querelles intestines »
Anticipant ces mauvais résultats, Jack Lang déplorait, dans un entretien accordé hier au Journal du dimanche sur les questions d’éducation, le « silence de la direction nationale du Parti socialiste ». « Peut-être les dirigeants nationaux sont-ils trop préoccupés par leurs querelles intestines », s’interrogeait plus largement le nouveau mouton noir du PS. Ce que stigmatise Jack Lang est aussi perçu par les Français. 55 % d’entre eux estiment que le PS n’est pas proche de leurs préoccupations. Pire, 67 % ne pensent pas que le Parti socialiste a un projet à leur proposer.
A deux semaines de la traditionnelle université d’été du PS à La Rochelle, les socialistes devront donc essayer de convaincre à la fois dans leurs rangs mais aussi au-delà. Pour cela, les sympathisants PS sont divisés. Selon un sondage CSA paru samedi dans l’hebdomadaire Marianne, ces derniers sont 35 % à demander au parti de « rester sur son positionnement actuel », ou sur ce qu’il reste de la gauche plurielle PS-PC-Verts, 29 % veulent « s’ancrer plus à gauche » et 27 % veulent « aller plus au centre ». Difficile dans ces conditions de trouver la meilleure stratégie ou du moins la plus unanime.
Leader de parti ou leader d’opposition ?
Dans trois mois pourtant, il faudra que les militants socialistes tranchent. Le congrès de Reims désignera le successeur de François Hollande au poste de premier secrétaire du PS. Et, selon les deux sondages du week-end, personne ne se dégage du peloton des favoris. Les sympathisants socialistes sont encore une fois très partagés pour savoir qui devra jouer un rôle important au sein du parti dans les prochains mois : ils sont 21 % à choisir Ségolène Royal, 20 % Bertrand Delanoë et 18 % Dominique Strauss-Kahn (Ifop). Selon le sondage CSA, ils placent en revanche Bertrand Delanoë à la première place du palmarès des meilleurs opposants à Nicolas Sarkozy (66 % chez les sympathisants PS contre 50 % pour Ségolène Royal).
Le duel Delanoë-Royal aura-t-il donc lieu ? Le premier est considéré comme étant le meilleur opposant. La seconde comme étant celle qui devrait animer le PS ces prochains mois. En embuscade, Martine Aubry place ses pions. Collectionnant les ralliements sur son nom en marge du congrès de Reims, elle devance Ségolène Royal dans le classement des opposants à Nicolas Sarkozy (53 % chez les sympathisants, 36 % pour l’ensemble des Français). Même Jean-Pierre Raffarin trouve qu’elle a « le meilleur profil » pour diriger le PS.
Enfin, le même sondage montre que si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, Nicolas Sarkozy, malgré son effondrement dans les sondages, serait toujours largement en tête au premier tour (dépassant même son score de 31 % du 22 avril 2007), et ce quel que soit son adversaire socialiste.
Edition France Soir du lundi 18 août 2008 n°19878 page 4